Monsieur,
La récente sitcom « Nsibti Laâziza » de votre Chaîne TV, fut largement contestée pour avoir été avant tout une insipide caricature des Sfaxiens, présentés à travers un entassement de "pratiquement tous les clichés commodes et malveillants" concoctés jusqu’à ce jour sur leur compte.
Il était normal que tout citoyen tunisien conscient et responsable dénonce une telle stigmatisation. Il est normal et légitime que les Sfaxiens en soient particulièrement choqués. Les nombreuses voix de toutes parts qui ont pu et osé le dire, hélas parfois avec trop d'aigreur et une intolérable maladresse, n’ont fait qu’exprimer la réprobation générale.
Vous avez répondu par une conférence de presse bien plus choquante encore. Aux explications correctes qui s’imposaient vous avez préféré la provocation gratuite qui confirme vos préjugés, qui vous enlise dans vos contradictions de "chaîne qui se prétend maghrébine" et qui trahit votre intention intéressée de déclencher la polémique.
Aussi déclarez-vous que la colère est celle « d’une minorité de sfaxiens nourris à la sève d’un régionalisme stérile » qui auraient démesurément réagi à l’imitation incorrecte de leur accent.
L’interpréter ou vouloir le présenter ainsi est naïf ou tendancieux.
En fait, cela n’a jamais particulièrement dérangé « les Sfaxiens », et non une minorité comme vous prétendez, qu’on imite (même mal) « leur accent » ou plutôt « leurs accents », car il y en a "plus d’un" dans une population sfaxienne qui compte près d’un million de Tunisiens, faut-il vous le rappeler.
Par contre vous, vous n’admettez pas que les Sfaxiens puissent s’indigner de vous voir colporter des clichés offensants et contribuer à alimenter des préjugés malsains sur leur dos. Vous n’avez pas envisagé que la démarche sournoise qui vise à les faire considérer comme "Tunisiens à part", distincts et presque en opposition par rapport au reste du pays, puisse constituer une ségrégation préjudiciable et une atteinte grave à l’unité nationale sacrée.
Dans votre « belle » logique, ceux qui refusent de se laisser faire, vous les jugez, pour reprendre vos propres termes, « “âmes sensibles”, intolérants, provocateurs, semeurs de discorde et d’un « esprit régionaliste d’une autre ère qu’on croyait disparue ».
Vos déductions sont la preuve que cet esprit persiste, bien ancré en vous-même et en "ceux qui s’étonnent de la légitime réaction des Sfaxiens" et qui partagent donc vos préjugés régionalistes à leur égard.
Si vous prenez la liberté (facile) de les afficher sans retenue, ce n’est certainement pas par franchise ou par courage mais parce que vous savez que c’est (encore!) "permis sinon encouragé".
Alors soyons sérieux, qui « de vous ou des Sfaxiens » est le « régionaliste provocateur à la vision étriquée et le semeur de discorde » ?
Vous prétendez que, « depuis sa création, Nessma, en conformité avec sa vocation, ne cesse d’œuvrer à faire connaître les différents pays du Maghreb avec toutes leurs composantes culturelles et civilisationnelles en vue de rapprocher leurs peuples ».
Vous débutez votre généreuse entreprise en présentant vos compatriotes de Sfax en « avares, cupides, sans-gêne, débiles et lourdauds ».
Et vous commencez le « rapprochement des peuples » maghrébins en semant les germes de la discorde dans ce cher pays qui est le nôtre.
Vous démarrez plutôt bien !!!
Sauf le respect dû à vos nobles intentions et à vos claires contradictions, aux Sfaxiens reconnaissez au moins le droit de ne pas se reconnaître dans votre ridicule caricature.
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En réalité, seules vos bonnes affaires comptent pour vous.
Pour commencer, l’idée de coller le « parler sfaxien » à votre "feuilleton phare du Ramadan" tient au succès de la pièce de Moncef Dhouib (Mme Kenza) où il en fut fait largement (bon) usage. Vous avez jugé le thème porteur et flairé la bonne affaire, sauf que pour concrétiser il vous manquait « la Culture et le talent de l’Artiste » qui assurent le vrai succès et inspirent « le sens éthique », ce sens qui ne semble pas être votre premier souci.
En effet, en réponse à la colère des Sfaxiens votre interview (faite à froid et donc bien étudiée) fut une provocation à l’évidence délibérée.
« La polémique ça nous connait » est votre devise et votre refrain à Nessma-TV. Or, avec votre sens aigu du marketing, vous saviez pertinemment que, dans ce cas précis, la polémique serait le meilleur moyen publicitaire pour faire monter votre audimat (en déclin) et arranger vos affaires.
Bien entendu, vous ne vous êtes pas gêné pour la déclencher, plus que jamais armé de la solide assurance qu’il ne vous en coûterait rien de « polémiquer aux dépens des Sfaxiens ».
On pourrait dire que « le business est le business » et ça, même le public que vous semblez juger « dupe et naïf » le sait et en tient compte.
Il serait toutefois difficile d’aller jusqu’à penser que les décideurs de Nessma-TV puissent se comporter comme s'ils avaient une calculatrice en guise de cerveau et une tirelire à la place du cœur.
N’allons pas jusque là…
Je garde, pour ma part et malgré tout, l’espoir de vous voir comprendre, reconnaître et réagir avec sagesse et loyauté.
Veuillez excuser la teneur du texte; vous y avez poussé.
Il eût été indigne de ne pas répondre à votre double outrage.
Sans rancune, mon cher compatriote.
Mohamed ALOULOU
Sfax, le 30 Août 2010
accès à l'Interview de M. Nabil Karoui
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