A partir du premier tiers du XIIe siècle, la Tunisie est régulièrement attaquée par les normands de Sicile et du sud de l’Italie. En 1135, le roi normand Roger II s’empare de Djerba. En 1148, c’est Mahdia, Sousse et Sfax qui tombent aux mains des normands. Pour mettre la résistance sfaxienne à genoux et garder à l’œil l’ensemble de la population, les normands ont fait loger leurs soldats dans tous les quartiers de la ville et déporté en Sicile les principaux leaders de la résistance sfaxienne parmi lesquels se trouvait le cheikh Sidi Belhassen Ali El fériani , gouverneur de la ville. La présence normande à Sfax a duré 8 ans pendant lesquels les résistants sfaxiens, encadrés par les notables de la ville (le gouverneur Amor El feriani [fils de sidi Belhassen el Fériani], Sidi Djebla, Abdeljalil Ben M’Faouaz, Yahya, fils de l’officier Abbes Djedidi) ont mis au point une stratégie secrète et efficace pour se débarrasser des normands ; cette stratégie fut appliquée avec succès au courant de la nuit du 31 décembre 1155 permettant ainsi la libération de Sfax cinq ans avant la libération de Mahdia, puisque le départ définitif des normands de Tunisie date de 1160. Cette fameuse nuit avait porté le célèbre nom de « Leilet El Hajouja » dont le souvenir fut célébré à Sfax pendant des siècles. Lorsque j'étais encore tout petit, j'entendais ma grand-mère rappeler dès le matin du 31 décembre qu'"aujourd'hui, c'est la fête de hajouja". Un peu plus tard, des petits plats de fèves, préalablement cuits à l'eau puis salés et épicés au cumin, sont présentés à chacun d'entre nous; c'était le seul rituel réservé à cette fête assez plate dont personne ne connaissait ni l'origine ni la signification.
La célébration de ce rituel est finie par s'estomper au fil du temps et peu de personnes en entendent actuellement parler à part les personnes âgées. Il s'agit en fait d'une commémoration" inconsciente" de la victoire de Sfax sur les Normands qui date de 1156!! Je n'ai connu cette histoire que tout récemment à travers mes lectures.
Complètement désarmés et tenus à l'œil par les normands, les résistants sfaxiens s'étaient organisés sous l'égide du nouveau gouverneur de la ville qui n'était autre que "Omar", le fils de " Sidi Belhassen El Fériani", le gouverneur précédent, fait prisonnier par les normands et tué par pendaison en Sicile.
Les préparatifs de l'attaque préméditée par les sfaxiens, étaient organisés dans les profondeurs asséchées d'une citerne assez vaste de la Grande Mosquée, à laquelle on accédait par le côté est, à l'entrée de la "Rommana". On s'y attelait, la nuit, à fabriquer des petits fers de lances que l'on fixait à l'extrémité des cannes.
Des consignes ont été déjà données à l'ensemble des foyers pour cuire des fèves pour qu'au 31 décembre 1155 des mendiants viennent les chercher. Ces soi-disant mendiants sillonnaient les rues de la médina en chantonnant:
"ô madame, que Dieu t'offre un bébé Qui apprendra à marcher sur les nattes, Cette nuit c'est Hajouja, je te le jure! c'est Hajouja! Gare à toi, toc toc, donne moi des fèves."
Le plat offert à chaque mendiant contient un nombre de fèves égal au nombre de personnes dans le foyer, capables de combattre; le mendiant revient un peu plus tard pour remettre à ce foyer un nombre d'armes équivalant.
Comme le 31 décembre était la veille du nouvel an chrétien, les sfaxiens firent semblant de participer aux festivités organisées par les normands pour célébrer cet évènement; ils organisèrent à leur tour un carnaval constitué par beaucoup de vaches décorées richement de beaux draps multicolores, de bijoux et de torches flamboyantes fixées sur les cornes. Le carnaval traversa les rues de Sfax sous le battement des tambours et la musique des cornemuses, suivi par une milice en liesse, qui chantait en dansant et en brandissant des cannes. Les Normands, curieux, suivaient le cortège qui s'arrêta pour une pause à Bab djebli.
Quand on s'assura que la ville est vidée de tous les normands, les vaches furent libérées et la bataille se déclencha par des combats de corps à corps; les normands furent exterminés et Sfax définitivement libérée.
Les vaches avaient terminé leur parcours à deux kilomètres plus loin sur la route de Tunis, à un endroit où se trouvaient plusieurs citernes. Cette place s'appelle depuis: " les citernes des vaches"[ommejel El B'gar].
sources: Wikipédia L'histoire de Sfax: Boubaker Abdelkafi Nozhat El Andhar: Mahmoud Megdich
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