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Home Général Culture Bâtir pour conserver

06

Nov

2009

Bâtir pour conserver
(12 votes, moyenne 5.00 sur 5)
Écrit par Fatma Kobbi - SfaxOnline.com   
conserversfax

Dans une ère où la mondialisation prédomine, où le progrès et la technologie poussent à l’uniformité, il est important de faire valoir l’identité des peuples qui est à l’origine de la diversité culturelle. Cette identité nous renvoie à tout un substrat culturel fait de traditions, de pratiques et d’expressions ancestrales, en somme à un patrimoine vivant dit patrimoine immatériel. Il est vrai que ce legs n’est ni tangible, ni palpable. Toutefois, il n’en constitue pas moins un capital à préserver, à mettre en valeur et à transmettre aux générations futures.

En se penchant de plus près sur la réflexion de sauvegarde, on remarque bien que nous savons préserver un outil, mais rarement le savoir qui en a donné naissance. Nous savons restaurer un bâtiment ancien mais nous oublions de jour en jour les mœurs et coutumes dont il était chargé. Les exemples sont désormais multiples, et chacun de nous a dû assister impuissant à la disparition d’une pratique, d’un savoir-faire, ou encore d’une habitude. Il est temps aujourd’hui de penser à garantir une certaine pérennité des formes du patrimoine immatériel. Encore, faut-il penser au meilleur moyen de sauvegarder un capital dont l’essence se trouve dans la recréation et le changement ? L’architecture, en tant que lieu de manifestation par excellence de ce patrimoine peut-elle alors constituer un véritable outil de sauvegarde et de mise en valeur ?

En s’intéressant à la médina de Sfax, celle-ci dénotait autrefois d’un équilibre entre les espaces de production et les unités marchandes. Les magasins et les ateliers partageaient le même espace. Et même si l’on croyait que cette médina ressemble plus à un énorme souk qu’autre chose, l’artisanat en tant qu’activité génératrice de main d’œuvre y trouvait bien sa place. Aujourd’hui, un vrai danger guette le savoir-faire artisanal, c’est la machine. C’est parce que l’industrialisation donnant lieu par la suite à une « soukalisation » ont fait que le commerce a primé sur l’artisanat qui, à son tour, est devenu de moins en moins rentable. Par conséquent, L’intérêt que peut susciter alors un artisan à l’œuvre n’est plus de nos jours une richesse exploitable.

A l’artisanat, s’ajoutent le culinaire et le festif représentant ainsi les trois axes principaux autour desquels s’exprime le patrimoine immatériel sfaxien. S’agissant non pas de produits mais de savoir-faire, de représentations et de manifestations, ces domaines d’expression se trouvent étroitement liés à l’urbain et à l’architecture. Cette dernière apparaît comme meilleur support pour une autobiographie culturelle qu’il importe d’écrire pour les générations futures.

Au-delà du rapport « contenant/contenu », l’architecture est aussi signifiant et aboutissement de ce legs qui lui, est signifié et fondement. Il ressort de ce lien, une responsabilité qu’entreprend l’architecture face à un patrimoine de plus en plus en péril. Et parce qu’il s’agit de donner en premier lieu les bases d’épanouissement de ce dernier, l’implantation d’un centre dédié au patrimoine immatériel sfaxien dans un bâtiment nouveau serait une vraie démarche pour la promotion de notre mémoire collective. Ce projet se veut un élément phare de la ville de Sfax, un objet matériel qui à la fois traverse le temps et marque son temps. Un lieu chargé d’histoire permettra le développement du patrimoine dans un contexte d’ouverture ayant pour souci majeur, celui de le vulgariser auprès du grand public, le revitaliser et lui assurer un perpétuel renouvellement.

Fatma Kobbi
Architecte ENAU
Commentaires (4)
  • raouf ellouze  - projet olive
    fatma tu devrais rejoindre le projet olive! on t attend
  • kobbi fatma
    je vous remercie pour vos commentaires

    effectivement il n'existe point d'avenir sans mémoire... il s'agit de sensibiliser au mieux le grand public, de vulgariser cette notion d'appartenance culturelle à travers une politique un peu moins académique... passons à autre chose, invitons le citoyen à interagir avec ce patrimoine, à le comprendre, à le contenir, à le décortiquer, à l'analyser...
    des trésors humains vivants ( comme cette vieille femme sfaxienne spécialiste de la broderie tunsienne) ont le pouvoir de transmettre leur savoir, de le promouvoir si seulement ils pouvaient interagir avec des jeunes, avec des passants, s'ils étaient juste dans un cadre un peu plus valorisant.
    certes la concrétisation d'une telle démarche est liée aux décisions des responsables (administratifs) mais il s'agit tout d'abord d'y croire et puis quand même d'essayer... à suivre !!
  • Anonyme  - sachons d'où on vient pour savoir où on va!
    C'est un sujet très important, traité avec beaucoup de pertinence, bravo Fatma.
    Je voudrais ajouter que cette évolution fut générale, commençant dans les premiers pays industrialisés, en Europe avant de nous atteindre, mais ils ont compris très vite et se sont rattrapés.
    Pouvons nous avoir confiance en notre peuple pour réagir à temps comme ce fut le cas ailleurs, où le patrimoine retient de plus en plus l'intérêt et devient source de développement?
    Ou alors avons nous perdu totalement nos repères et oublié toutes ces richesses acquises sur des siècles, tournant le dos à notre héritage ancestral?
    En faisant un tour dans la Médina hier, notre seul souci fut de nous dépêcher d'enregistrer le plus rapidement possible le reliquat de notre artisanat, de filmer ces derniers détenteurs d'un savoir révolu.
    Sera t-il présent demain?
    Le scepticisme est trop fort et le doute est ancré profondément dans nos esprits. Le tunisien s'est débarrassé de sa culture. Dommage!
    Seuls des décideurs conscients et connaisseurs pourront s'impliquer à sauver ce qui reste, aussi bien dans le matériel que dans l'immatériel.
    Nous avons une fois soulevé entre autre, le cas d'un type de broderie tunisienne et qui n'est plus connu que d'une vieille femme à Sfax. A sa disparition c'est tout un art qui meurt avec elle, dans l'indifférence totale.
    Tant d'autres exemples aussi bien dans la construction que dans d'autres arts sont en voie d'extinction.
    Fatma, il y a tant a faire et si peu de passion chez les autres, les jeunes en particuliers, comme celle qu'on ressent en te lisant! Puisses tu convaincre et convertir beaucoup d'autres autour de toi pour aider cette ville.
    C'est d'avenir qu'il s'agit, le votre et celui de nos enfants.
    Préserver notre passé nous permettra de tracer le futur en toute sérènité!
    Raouf E.
  • Amine  - Compétence
    Fatma, nous avons besoin des compétences comme vous pour que le changement soit une réalité à Sfax.
    La sauvegarde du patrimoine, y compris l'immatériel, est plus qu'une obligation, c'est un devoir.. Et ceci ne pourra se faire que si l'administration sera dotée de la volonté de réaliser, des moyens humains compétents et apports substantiels suffisants..
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