En réponse à ces questions, un proverbe local que j'ai entendu un jour me vient à l'esprit : l'impossible n'est pas Sfaxien ! D'ailleurs le cas de Sfax n'est pas unique au monde, nombreuses sont les villes industrielles qui ont su se relooker en peu de temps et avec des moyens raisonnables. En tête de liste Bilbao. C'est l'exemple à suivre pour réussir le relookage de Sfax. Pendant les années 80, la situation de Bilbao, située au nord de l'Espagne, était plus complexe que celle de Sfax aujourd'hui :guerre civile, pollution, désordre et stagnation économique.
A l'issue de cette crise, les responsables de cette agglomération ont entrepris de nombreux programmes en parallèle pour relancer la ville sur des activités de services et des activités industrielles à plus forte valeur ajoutée.
En dix ans, la métamorphose est déjà évidente : Le nombre de nuitées réservées double, le taux de chômage passe de 30 à 8%, l'infrastructure se modernise et se développe (nouvel aéroport d'une capacité de 4 millions de passagers par an, 13 ponts entre les deux rives de la Nervion - rivière de la ville - contre deux auparavant, deux lignes de métro, une ligne de tramway, plusieurs lignes de bus, etc.).Ce résultat impressionnant, baptisé "effet Bilbao", a été reconnu au niveau national, européen et international.
En effet, Bilbao a ainsi reçu plusieurs prix, à savoir, le prix de la ville espagnole la plus saine, le prix Européen de planification urbaine et régionale et le prix du meilleur projet urbain au monde. Par ailleurs, Bilbao préside désormais l'Association Internationale des Villes et Ports.
"L'effet Bilbao" a incité les délégations de plusieurs villes européennes de se succéder à cette capitale économique du Pays basque espagnol, pour étudier de prés les raisons de son étonnant succès économique. En fait, ce succès revient à un plan de relance conduit par une société anonyme qui compte pour actionnaires, le gouvernement basque, la province de Biscaye et les municipalités concernées. Initié depuis le début des années 90, ce plan a été soigneusement étudié et rigoureusement réalisé. Il s'est basé sur deux axes principaux : délocaliser l'activité industrielle polluante, notamment celle des chantiers navals, et mettre à sa place des activités de services.
Le projet phare de ce plan de revitalisation était la construction du musée Guggenheim. En 1991, Bilbao avait présenté sa candidature à la Fondation Solomon R. Guggenheim pour accueillir leur antenne européenne. Après le lancement de ce projet, d'autres programmes urbanistiques étaient engagés et une politique ambitieuse d'équipement public était lancée. Pour chacun de ces projets, le mot d'ordre commun est : la qualité architecturale. Les plus grandes signatures mondiales sont venues apposer leur patte. Les monuments architecturaux modernes ainsi édifiés ont permis à Bilbao de briller en Espagne et en Europe. Des édifices, dont chacun mérite un voyage à lui tout seul, en l'occurrence le musée Guggenheim, un exploit architectural, tout en courbe, signé Frank Gehry, Puppy, signé Jeff Koons, le pont Zubizuri de Santiago Calatrava, etc, ont permis à Bilbao de trouver un nouveau souffle grâce au tourisme.L'orientation vers les activités de services et de haute technologie s'est concrétisée par la création du parc technologique de Biskaia. Ce parc fut l'un des premiers de ce type en Espagne. Regroupant plus de 6400 employés dans 145 entreprises, il est aujourd'hui l'un des plus dynamiques. Il a permis à Bilbao d'être l'une des seules villes d'Espagne à l'exception de la capitale Madrid à abriter des sièges de multinationales.

Le plan de relance n'a pas exclu l'activité historique de la ville. Toutes les activités portuaires et industrielles ont été déplacées à dix kilomètres en aval pour libérer les berges du centre ville. La ville a gardé ainsi son identité industrielle mais avec des contraintes environnementales strictes. Des zones économiques modernes ont été construites pour accueillir les entreprises. L'activité du port a été maintenue mais avec des mesures importantes visant à améliorer le cadre de vie, le port de Bilbao est maintenant le principal de la côte Cantabrique avec 40 millions de tonnes en transit en 2006.
Le plan métamorphosant Bilbao n’est pas achevé. La ville continue d'évoluer de manière ambitieuse en misant notamment sur l’innovation et la connaissance. Un plan intitulé «Stratégie 2010 : Bilbao cité globale» vise à développer les initiatives et les activités économiques à haute valeur ajoutée tout en continuant à favoriser un cadre de vie harmonieux pour les entreprises et les habitants.

La société créée pour orchestrer la renaissance de Bilbao se dénomme "Bilbao Ria 2000". Ce nom me rappelle Sfax 2000, la nouvelle ville jouxtant les remparts construite en 1984 (promue par la société Sfax El-jadida). L'effet de Sfax 2000 est très loin de celui de Bilbao 2000. Tout en ayant les mêmes ingrédients au départ, Bilbao 2000 a transformé la ville en un pôle d'attractivité économique important en Europe, tandis que Sfax 2000 a accentué l'image de la ville décrite en début de cet article, ce qui a induit l'effet de départ de ses forces vers d'autres villes. On peut conclure ainsi que Sfax 2000 était l'occasion ratée pour les Sfaxiens.
Les regards se tournent maintenant vers Taparura, ce projet tant attendu par les Sfaxiens. Sera-t-il l'autorisation de décollage de Sfax pour briller dans le ciel méditerranéen tel que Bilbao en Europe, Singapour en Asie ?
Un simple observateur peut facilement remarquer que Sfax est placée sur la piste de Bilbao, un projet phare est en cours (e.g. Projet Taparura), une technopole semble prometteuse (e.g. Technopole El-Ons), une industrie historique et productive, un port actif et très rayonnant. Ce qui reste est le plus important. Il s'agit de la volonté politique : les responsables à Sfax vont-ils lancer plusieurs programmes en parallèle comme avaient fait leurs homologues à Bilbao ? Vont-ils créer dans dix ans un réel "Effet Sfax" en Afrique et au Maghreb ? Ces questions nous ramène au point de départ, Sfax aura t-elle l'avenir de Bilbao ?

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Je suis originaire de la ville de Sfax.
Je me suis toujours demandé pourquoi les sfaxiens fuient Sfax pour chercher d'autres rives où il y a que du soleil, verdures un air saint...
Un vrai dilème celui de la pollution.
Halte avec les paroles et j'invite ceux qui ont du pouvoir et surtout ceux d'origine sfaxienne à passer à l'action car on a droit de respirer de l'air saint et non pas de risquer sa vie à chaque fois qu'on respire térrifié d'une région dans la quelle il y a le plus haut pourcentage d'être cancereux...ou azmatique
En tant qu'artiste, je pense qu'on a besoin de beaucoup plus d'activité culturelle et intelectuellle qu'elle soit d'une nature révolutionnaire et originale...