 En fouillant les archives du net , nous sommes tout simplement tombés sur cet article du célèbre journal Le Temps qui décrit la situation de l'infrastructure à Sfax en général et du transport en commun en particulier. Bien qu'il s'agit maintenant d'un article relativement ancien, nous avons vu utile de le mettre au premier plan pour voir si réellement quelque chose a changé depuis des années.. Voici le texte intégral du célèbre journaliste Monsieur Taïeb Lajil.
A l'instar des grandes métropoles, aura-t-elle son métro ?... Et où chercher les fonds ? La ville de Sfax est malade de sa circulation et de son transport collectif et c'est le moins qu'on puisse dire. Non seulement le mal est chronique mais toutes les prévisions le disposent à gagner en acuité dans les années à venir, à moins d'une solution radicale.
Cette solution pointe à l'horizon, l'option pour un mode de transport en site propre faisant déjà l'unanimité. S'agira-t-il d'un site propre bus ou métro ? Rien d'officiel pour le moment mais ce qui est sûr , c'est qu'une étude d'opportunité concernant le projet de métro léger, d'un coût de trois millions de dinars sera incluse dans le 11ème plan quinquennal. Aux heures de pointe, aux veilles des fêtes, c'est toujours le même engorgement dans le centre de la ville. Nerfs à rude épreuve, usure de la mécanique, consommation double de carburants, alourdissement de la facture énergétique nationale, dégradation de l'environnement, comportements anarchiques de certains conducteurs et principalement des chauffeurs de taxis, tels sont les traits dominants de la situation actuelle à Sfax et dont il conviendrait de chercher les causes.
Pour avoir une idée précise de l'afflux de véhicules à Sfax imaginons des affluents ,en l'occurrence, les rocades et autres voies secondaires, se jetant dans des fleuves, qui sont les radiales, lesquelles convergent vers une seule embouchure qui est le centre-ville, le point névralgique étant le siège administratif et financier, le pivot des activités commerciales et industrielles et également le lieu
de concentration de bon nombre d'établissements scolaires ou universitaires. Les 25 établissements localisés à l'intérieur de la rocade Magida Boulila , comptent à eux seuls près de 20 mille élèves et étudiants.
Etant donné la poussée urbaine considérable , le « centre-ville », englobe toutes les zones qui gravitent autour du noyau central formé de « Bab Bhar » et de ses trois principales artères. Ces nouvelles zones dont notamment « Ezzogm », Sfax El Jadida, Pic-Ville, la Poudrière,la zone Sidi Salem et la zone des Martyrs, connaissant une remarquable extension verticale, sont hérissées d' immeubles à vocation résidentielle et qui abritent de nouveaux commerces et autres services foisonnants.
La médina sous l'effet d'une regrettable métamorphose, ajoute à son statut de ville commerçante en regroupant , outre les souks traditionnels, des ateliers d'artisans, des cabinets d'avocats, des succursales de banques et surtout des études d'officiers de l'état civil.
Quant à la zone de la Poudrière, elle représente environ 85% des emplois. De ce fait, l'entrecroisement des flux de véhicules, aux pics de la circulation contribue au congestionnement des carrefours et des artères sachant que les charges de trafic se situent entre 20000 à 30000 voitures par jour sur les pénétrantes et qu'elles sont comprises entre 25000 et 50000 au centre-ville. Facteur aggravant, le réseau des voies , par trop étroit s'avère de plus en plus inadapté à l'accroissement du trafic.
Glissement modal vers la voiture particulière
Cet inconvénient est sans cesse exacerbé par l'accroissement continu du nombre de véhicules en circulation. L'élévation du pouvoir d'achat ajoutée à la facilité d'acquisition de la voiture populaire
donnent lieu à un accroissement considérable du parc de voitures particulières, mode de transport d'utilisation massive depuis quelques années, sachant qu'il assure 38% des déplacements urbains et que le gouvernorat compte actuellement autour de 80000 véhicules , nombre appelé à atteindre les 100000 en 2016, rien que dans le Grand Sfax. Compte tenu des autres moyens de transport dans l'agglomération, il faudra ajouter environ 30000 poids lourds, 1882 taxis, 614 voitures de louage et 551 véhicules de transport rural, selon les statistiques de 2005.
L'expansion de la voiture particulière trouve également son origine dans la structure urbaine de l'agglomération caractérisé , selon le rapport établi par le professeur Abderrazak El Hbaieb, dans le cadre de la stratégie de Développement du Grand Sfax ( SDGS ), « par un déséquilibre fonctionnel entre la commune mère (Sfax), et les communes périphériques ( S. Eddaier, S. Ezzit, Chihia, Gremda, El Ain et Thyna) » et « un étirement des périmètres urbains au-delà des limites prescrites par les documents d'aménagement et d'urbanisme » ce qui fait que « Ce phénomène a généré une série d'externalités négatives ( engorgement voire asphyxie de l'espace central aux heures de pointe, conflit intermodal...), liées aux déplacements quotidiens et obligatoires à horaire fixe.
Concentration des industries
Entrent dans le cadre des déplacements obligatoires, les déplacements vers les établissements scolaires ou universitaires et vers le lieu du travail. Outre les administrations, le secteur tertiaire et celui des services, il y a lieu de citer le secteur industriel implanté essentiellement sur le littoral et plus précisément aux zones de la Poudrière au Nord et El Maou, au Sud .
D'une superficiel totale de 133 ha , ces zones comptent 69 % des unités industrielles , soit 85 %des emplois. L'horaire du travail de milliers de personnes coïncidant avec celui des autres concitoyens, il en résulte une accentuation du problème de l'encombrement et de la congestion de la circulation.
Pôle d'attraction continue
A ces déplacements obligatoires s'ajoutent la mobilité croissante des citoyens,( sachant que le nombre de déplacements quotidiens enregistre un taux de croissance de l'ordre de 04,6%, passant de 660000 en 1996 à 9993000 en 2006 ) et l'attraction exercée par la médina et le centre-ville sièges des grandes unités commerciales , y compris les grands magasins d'habillement, de chaussures et surtout du marché aux poissons et du marché de fruits et légumes de Bab Jebli.
En effet un nombre important de Sfaxiens préfèrent toujours faire leurs emplettes dans le centre plutôt qu'en périphérie soit par nostalgie, soit par fidélité soit en raison de l'étendue de la gamme de choix.
Or tout présage une dégradation de la situation en matière de circulation dans les années à venir vu l'intensité croissante des actuels facteurs de pression sur le centre, à savoir l'extension du rayon de développement urbain au- delà des 12 km actuels et la tendance à la construction verticale, la croissance démographique s'accompagnant de l'augmentation du nombre d'élèves et d'étudiants, la poursuite du glissement modal vers la voiture particulière et l'augmentation de la mobilité des citoyens liée au développement de l'activité économique.
Solutions à court terme
Pour atténuer la pression exercée sur le centre de la ville, réduire sensiblement le pic des pointes et maintenir l'intensité des flux à un niveau raisonnable et régulier, il est recommandé essentiellement d'étaler les horaires d'entrée et de sortie dans les établissements scolaires et universitaires afin de mieux gérer le flux considérable d'élèves et d'étudiants. Parallèlement , il serait opportun d'agir simultanément sur le plan urbanistique et sur celui des transports en commun.
Sur le plan urbanistique, on préconise de procéder « au contrôle systématique et continu du mouvement d'urbanisation au sein du Grand Sfax » et de doter la périphérie des équipements nécessaires.
Source : Le Temps du 29 janvier 2007
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