En ce référant à la définition de l’OMS de l’handicap, au système « situationnel » ou encore plus au concept de « qualité de vie », où le handicap est considéré comme la résultante de la confrontation entre les capacités fonctionnelles de la personne et de son environnement (temps, espace…), tous les habitants de Sfax seraient plus ou moins des handicapés !
Un espace urbain où la notion d’accessibilité n’a pas intégré des composantes essentielles à savoir : l’accès (transport, parkings, trottoirs, seuil,…), la circulation à l’intérieur du bâtiment (déplacement horizontal et vertical, aires de rotation, repères sonores, tactiles et visuels…), l’usage de tous les équipements.
En effet les trottoirs sont exigus, occupés souvent par des arbres mal taillés avec des branches qui vous vont droit dans les yeux, plantés juste au milieu, ou encore par des panneaux publicitaires géants. Sinon, ils sont envahis par les tables des cafetiers ou les étalages des commerçants au vu et au su des contrôleurs municipaux souvent complaisants. Le sol est souvent meuble, glissant avec fréquemment des obstacles aux roues et aux cannes (trous, fentes, grilles…)
Des établissements publics mal adaptés pour recevoir des personnes en fauteuil roulant. Et même si pour les circulations horizontales des plans inclinés ou des rampes d’accès existent, elles ne sont abordables, à mon avis, que par nos champions para olympiques ; car l’angle de la pente est largement supérieur aux valeurs préconisées (entre 4% et 5%), sans paliers de repos et en plus le revêtement est glissant. Les portes sont insuffisamment larges pour laisser passer facilement un fauteuil roulant. Les ascenseurs ne sont pas praticables (les commandesne sont pas à hauteur des personnes en fauteuil roulant, avec des fois une précision d’arrêt qui dépasse les 2 cm). On ne trouve pas de barres d’appui ni de cuvette surbaissée dans les sanitaires.
On peut toujours citer l’exemple de cette mère contente de pouvoir, enfin, scolariser son fils (présentant des troubles moteurs et de l’équilibre) dans une école publique grâce à une législation qui oblige certaines écoles à admettre des enfants handicapés. Mais qu’elle ne fut sa déception quand elle a su que l’institutrice s’est vite désinvestit, que l’école ne présente pas de sanitaires aménagés et la cour est pleine d’obstacles provoquant des chutes répétées de son enfant.Notons au passage que, à Sfax, vingt écoles sont concernées par cette législation et que une classe doit intégrer un ou deux enfants déficients pour cinq élèves en moins.
Ou encore cette mère de trois enfants polyhandicapés qui rencontre toujours les mêmes difficultés à chaque démarche administrative pour obtenir des prises en charge pour des soins ou d’aides techniques. Ces tracasseries ne lui suffisent pas, faut il encore des délais d’attente très longs pour un simple appareil (corset, siège moulé, attelles, …) qui à la fin ne sera jamais porté ou mis, pour la simple raison que l’enfant a, entre temps, grandi, et par conséquent l’appareil n’est plus adapté. Faut-il vous préciser, que Sfax compte un seul centre d’appareillage orthopédique qui doit répondre aussi aux demandes des handicapés des gouvernorats voisins !
En passant récemment devant la CNRPS route Gremda, j’ai pensé à une lettre que j’avais adressée au PDG de cette honorable administration, il y a plus de deux ans. A cette époque, en accompagnant mon père à la dite administration pour déposer un papier, j’ai remarqué la difficulté avec laquelle il a monté les marches
pour traverser l’esplanade jusqu’à l’entrée de cette administration. Les personnes fréquentant ces bureaux sont généralement des personnes âgées, souvent avec des petits problèmes de santé touchant soit la vue ou la marche et des fois l’équilibre. Par conséquent le risque de chute est très important. Dans ma lettre, j’ai cité un article scientifique sérieux qui parle du coût de santé des conséquences de chute des personnes âgées (hospitalisation pour fractures du col de fémur, tassement vertébraux…). Et je lui ai expliqué qu’installer une rampe d’accès et des barrières pour faire usage de main courante, pourrait épargner à la caisse des dépenses supplémentaires et les frais de remboursement des soins des conséquences des éventuelles chutes. Il est inutile de vous dire que ma suggestion est restée lettre morte !Bref on est loin des normes d’une ville qui se veut mégapole méditerranéenne.
Ce n’est pas un geste ponctuel et évènementiel (don d’argent, d’ un fauteuil ou d’une canne) dont on a besoin mais plutôt, un meilleur confort et d’usage pour tous, une prévention des situations de handicap auxquelles les personnes valides se trouvent souvent confrontées et l’insertion des personnes handicapées. Pour que le mot aménagement et développement durable ne soit pas un vain mot.
Pour cela je suggère aux décideurs de constituer une commission d’accessibilité qui réunit des responsables de la mairie (voierie, équipements publics), des associations représentant tout forme d’handicap, des médecins spécialistes (MPR), des ergothérapeutes , des urbanistes pour établir une charte d’accessibilité respectant d’abord des normes préalablement étudiées puis notre spécificité et surtout les directives présidentielles.
Cette commission permettrait de renforcer le contrôle des établissements recevant du public et de vérifier la conformité des travaux par rapport au permis de construction délivrés.
- 05/02/2009 - Allocation de 7,5 millions de dinars à la construction de routes dans le Grand Sfax
- 30/01/2009 - Projet pour le développement et la promotion du projet Taparura de Sfax
- 20/01/2009 - Priorité, en 2009, à l’infrastructure routière et à la protection des villes contre les inondations

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Sfax ville mutilée, bénéficiera t-elle d'une aide aux handicapées?