Enfonçant des portes ouvertes, plusieurs journaux ont mentionné la nécessité de subventionner les agriculteurs qui voudraient passer des céréales bour aux arbres fruitiers, pour compenser le manque à gagner durant une période de cinq ans et plus, le temps que les amandiers, caroubiers, oliviers entrent en production, étant donné que les parcelles concernées ne pourront plus être cultivées en céréales après plantation.
En réalité, il s’agit d’un faux problème. Tout d’abord il est admis, comme dans le cas des opérations de remembrement, qu’une compensation pourrait être allouée aux paysans concernés par les plantations. Cependant, il faut préciser que, vu les conditions pédoclimatiques des zones concernées (arides et semi-arides), la densité optimale des plantations sera de 100 arbres/ha, soit un arbre tous les dix mètres. Cela laisse largement la place à des cultures intercalaires, céréales, pois fourrager, lentilles, fenugrec..., surtout les premières années, en raison de la petite taille des jeunes arbres. Dix mètres permettent le passage des engins agricoles : de la charrue à la moissonneuse-batteuse. A titre de comparaison, en Tunisie, la densité des vergers d’oliviers dans la région de Sfax est de 36 arbres/ha !
De plus, la céréaliculture intercalaire, loin de nuire aux arbres, les protègerait des troupeaux. On sait, en effet, qu’un berger respectera un champ cultivé plus qu’une jachère, fût-elle plantée, dans laquelle il pourra «par erreur» laisser divaguer son troupeau.
Par contre, le coût de la reconversion avec compensation monétaire risquerait d’être lourd : communication, formation, acquisition des plants, plantation, arrosage les deux premiers étés et, surtout, aménagements destinés à collecter les eaux de pluie au pied des arbres. Tout cela reviendra cher à la communauté nationale. Y ajouter inutilement des centaines de millions, voire des milliards de dirhams, de subventions aurait pour seul effet d’alourdir la facture au point de condamner par avance tout le projet.
De cela notre secteur agricole n’en a nul besoin dans sa quête de modernisation.
Source : Al Bayen
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